Pour seul cortège

nouvautes0Laurent Gaudé

Actes sud – 181 pages

 

 

seul-cortege-laurent-gaude-L-qjnJJr.jpgAlexandre tourne avec fièvre, la tête en arrière, bouche ouverte vers le ciel. Il est bien. Il sait qu’il ne devrait pas s’épuiser ainsi, il sent que son corps n’en a pas la force mais il le fait avec ivresse, « C’est la dernière fois », pense-t-il. Il danse avec rage. Il voit à nouveau des visages autour de lui mais ce ne sont plus les mêmes que tout à l’heure, ce sont des camarades morts. Héphaistion est là qui frappe dans ses mains avec vigueur pour battre le rythme, Hephaistion qu’il a pleuré pendant trois jours et trois nuits, le seul à lui ressembler vraiment, le seul qui aurait pu lui succéder. Il continue à tourner sur lui-même au rythme de la musique.

 

 

Alexandre, Le Grand, l’empereur de la moitié du monde, le conquérant est en train de mourir.

Dryptéis se cache avec son très jeune fils auprès de moines aux confins de l’Empire. Une escorte vient la chercher afin qu’elle convie une « diseuse de mort » au chevet du mourant.

Les généraux et les proches se demandent déjà qui succèdera au conquérant.

 

Si Pour seul cortège est bien un roman se passant au temps d’Alexandre le grand, ce n’est ni un roman historique, ni même un roman au sens strict du terme. On y trouve des personnages principaux, un semblant de trame (certes, ténue), des liens mystérieux (entre Alexandre et Dryptéis) qui se dénouent au fur et à mesure du livre… Et pourtant…

 

Pourtant, il y a la langue, l’écriture, le souffle de la narration (partagée entre plusieurs voix) qui confèrent à ce texte une puissance élégiaque, déclamatoire, qui m’a fait penser à un long requiem littéraire avec chant de pleureuses en arrière fond pour les chœurs. Je sais, je m’enflamme. Tout ça pour dire que ce texte ne laisse pas indifférent. Il en désarçonnera beaucoup, et on trouvera sans doute dans ses lecteurs une majorité de gens s’ennuyant ou le laissant tomber avant la fin. Car c’est un texte qui a l’exigence de sa poésie, l’austérité respectueuse d’une veillée funèbre, et pendant lequel j’ai souvent pensé aux deux pièces de théâtre de Laurent Gaudé qu’il m’a été donné de lire. On imagine très bien ce texte adapté sur scène, suite de longs monologues se répondant sans jamais dialoguer directement.

 

Autre donnée importante du roman : la figure d’Alexandre le Grand, personnage dont l’auteur a tiré la quintessence pour en faire non un portrait ou un éloge, mais une évocation à la fois tout en grandeur et en finesse, homme de chair et de sang autant que matière même d’un mythe qui dépassa les siècles.

 

 J’avais quitté Laurent Gaudé après avoir refermé sa Porte des enfers, magnifique roman fantastique et pourtant très réaliste. Je l’ai retrouvé dans un tout autre genre, autre époque, autre ambiance, et je suis tout autant comblé que lors de ma dernière lecture.

 

 

Pour qui ?

Pour lecteurs exigeants.

Pour les amateurs de poésie et de textes finement ciselés.

Pour les fans d’histoire grecque et de ce personnage hautement littéraire qu’est Alexandre.

Pour les lecteurs de Laurent Gaudé.

 

Nota-Bene : Aléas du mode « shuffle » sur mon ipod, je me suis retrouvé à écouter du Lisa Gerrard en accompagnant ma lecture. Je recommande, ça passe merveilleusement bien ensemble !

 

Bonnes lectures à tous et toutes,

 

Yvain

 

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